Acide glycolique, acide lactique, acide mandélique : quel exfoliant choisir pour votre peau ?
Trois acides de fruits, trois tailles de molécule, trois tempéraments. Ce qui les distingue vraiment, comment lire une concentration, et la règle que tous partagent : une protection solaire le lendemain, sans exception.
Le mot « exfoliant » a longtemps désigné un gommage à grains. Aujourd'hui, il désigne surtout des acides : glycolique, lactique, mandélique, et leurs cousins. Ils font la même chose en apparence, un teint plus lisse et plus clair, mais ne le font ni à la même vitesse, ni avec la même tolérance. Choisir le bon, c'est d'abord comprendre ce qui les sépare.
Exfolier, c'est quoi au juste ?
La surface de la peau est faite de cellules mortes, les cornéocytes, qui se détachent naturellement au fil d'un cycle d'environ quatre semaines. Avec l'âge, le soleil et la déshydratation, ce cycle ralentit et le détachement se fait mal : les cellules s'accumulent, la surface devient irrégulière, le teint gris, les pores plus visibles.
Un exfoliant mécanique frotte ces cellules. Un exfoliant chimique, lui, dissout les « ciments » qui les retiennent entre elles, et elles se détachent seules, sans friction. Les alpha-hydroxyacides, les AHA, sont les acides de cette seconde famille : solubles dans l'eau, ils travaillent la surface de la peau.
Ce qui distingue un AHA d'un autre : la taille de la molécule
La différence principale tient à un chiffre : la masse moléculaire. L'acide glycolique, issu de la canne à sucre, est le plus petit (76 g/mol). L'acide lactique, issu du lait ou de la fermentation, est un peu plus gros (90 g/mol). L'acide mandélique, issu de l'amande amère, est près de deux fois plus gros (152 g/mol).
Plus la molécule est petite, plus elle pénètre vite et profond. C'est ce qui rend l'acide glycolique le plus efficace à concentration égale, et le plus irritant. L'acide lactique a un atout que les autres n'ont pas : il fait partie des facteurs naturels d'hydratation de la peau, et il retient l'eau en même temps qu'il exfolie. L'acide mandélique, gros et légèrement soluble dans le gras, entre lentement et uniformément : c'est le plus doux, souvent conseillé aux peaux sensibles ou foncées, chez qui une irritation laisse vite une marque pigmentée.
Le tableau comparatif
| Acide | Taille | Pour qui | Points forts | Précautions |
|---|---|---|---|---|
| Glycolique | La plus petite (76 g/mol) | Peaux normales à mixtes, teint terne, grain irrégulier, premières ridules | Le plus rapide et le plus étudié ; affine le grain, éclaircit le teint, aide sur les taches | Le plus irritant ; à doser bas pour un usage régulier ; protection solaire obligatoire |
| Lactique | Moyenne (90 g/mol) | Peaux sèches, déshydratées, sensibles ; débutantes | Exfolie et hydrate en même temps ; bien toléré même à 10 % en peeling de nuit | Picote sur peau humide ; pas le même soir qu'un autre actif fort |
| Mandélique | La plus grosse (152 g/mol) | Peaux sensibles, réactives, foncées, à imperfections | Pénétration lente et uniforme, légère affinité pour le sébum | Plus lent à montrer un résultat ; moins documenté |
| Salicylique (BHA, pour comparer) | Petite, mais liposoluble | Peaux grasses, pores bouchés, points noirs | Le seul qui entre dans le pore avec le sébum | Plafonné à 2 % en Europe ; assèche s'il est étalé partout |
Concentration et pH : les deux chiffres qui comptent
Un AHA n'agit que sous sa forme acide, donc à un pH assez bas. Deux produits à 10 % peuvent être très différents si l'un est à pH 3,5 et l'autre à pH 5. Les repères de sécurité sont anciens et convergents : le comité scientifique européen, dans sa position de 2000, cite pour un usage grand public l'acide glycolique jusqu'à 4 % à pH 3,8 et l'acide lactique jusqu'à 2,5 % à pH 5 ; le panel américain retient un plafond de 10 % à pH 3,5 ou plus pour les produits sans rinçage.
Ces chiffres ne sont pas des interdictions, mais ils dessinent une logique : plus la concentration monte, moins on l'utilise souvent. Un tonique à 5 % d'acide glycolique est fait pour plusieurs soirs par semaine ; un concentré à 10 % d'acide lactique est un soin de nuit, une à deux fois par semaine, pas davantage. C'est exactement ainsi que Montrose formule et recommande ses deux exfoliants.
Pourquoi la crème solaire n'est pas négociable
C'est le point que les fiches produit oublient le plus souvent. Les études réunies par l'agence américaine du médicament montrent qu'après quatre semaines d'utilisation d'un AHA, la sensibilité de la peau aux coups de soleil augmente d'environ 18 %, et que les dommages cellulaires provoqués par les UV sont à peu près doublés. La bonne nouvelle est que cet effet disparaît une semaine après l'arrêt. Mais pendant qu'on exfolie, la règle est simple : l'AHA le soir, la protection solaire le matin, tous les jours.
Sans cette protection, une routine exfoliante fait exactement l'inverse de ce qu'on lui demande : elle expose une peau plus fine à des UV qui fabriquent des taches et dégradent le collagène.
Comment choisir, concrètement
- Peau normale à mixte, teint terne, grain irrégulier. Un tonique à l'acide glycolique faiblement dosé, le soir, deux fois par semaine pour commencer, puis un soir sur deux si la peau suit. C'est l'option la plus efficace pour l'éclat et l'uniformité.
- Peau sèche, déshydratée ou qui réagit facilement. L'acide lactique, qui hydrate pendant qu'il exfolie. En peeling de nuit à 10 %, une fois par semaine, puis deux si tout va bien.
- Peau sensible, foncée, ou à imperfections avec marques. L'acide mandélique, ou l'acide lactique à faible fréquence. L'objectif est d'éviter toute irritation, qui laisserait une tache.
- Peau grasse, pores bouchés, points noirs. Ce n'est pas un AHA qu'il vous faut, mais un BHA : l'acide salicylique, qui travaille dans le pore.
- Vous débutez. Un seul exfoliant, une fois par semaine, sur peau bien sèche, et une protection solaire le lendemain. Augmentez seulement si la peau ne tire pas.
Ce qu'il faut en attendre
Un exfoliant bien choisi donne une peau plus lisse dès le premier réveil. Sur l'éclat, l'uniformité et le grain, comptez quatre à six semaines d'usage régulier. Il n'efface pas les rides, ne remplace pas un peeling médical et ne s'utilise pas tous les soirs : la régularité fait le résultat, pas l'intensité.
Pour associer l’exfoliation à des soins complémentaires sans multiplier les actifs, consultez notre routine pour les imperfections.
Questions fréquentes
Peut-on utiliser un AHA tous les jours ?
À faible concentration et si la peau le tolère parfaitement, certaines le font. Pour la plupart des peaux, deux à trois soirs par semaine pour un tonique, une à deux fois par semaine pour un peeling, donnent le même résultat sans fragiliser la barrière cutanée.
AHA ou BHA, lequel choisir ?
Les AHA (glycolique, lactique, mandélique) travaillent la surface : teint terne, grain, taches. Le BHA (salicylique) entre dans le pore : points noirs, peau grasse. On peut avoir besoin des deux, jamais le même soir.
Ça picote, est-ce normal ?
Un léger picotement de quelques secondes est fréquent, surtout sur peau humide. Une brûlure, une rougeur qui dure ou une peau qui pluche le lendemain signifient que c'est trop : espacez.
Faut-il rincer ?
Non pour un tonique ou un concentré conçus pour rester sur la peau. Suivez la notice du produit : un masque acide, lui, se rince.
Et pendant la grossesse ?
Les AHA à concentration cosmétique sont généralement considérés comme acceptables, l'acide lactique en particulier. Demandez tout de même l'avis de votre médecin ou de votre sage-femme avant de commencer.
Sources & références
- Comité scientifique des produits cosmétiques (SCCNFP). The safety of alpha-hydroxy acids, position paper SCCNFP/0370/00, 2000
- U.S. Food and Drug Administration. Alpha Hydroxy Acids
- Kornhauser A, Coelho SG, Hearing VJ. Applications of hydroxy acids: classification, mechanisms, and photoactivity. Clin Cosmet Investig Dermatol, 2010
- Tang SC, Yang JH. Dual Effects of Alpha-Hydroxy Acids on the Skin. Molecules, 2018
- Règlement (UE) 2022/1181 de la Commission (acide salicylique, annexe III)
Les informations de cet article sont données à titre éducatif et ne remplacent pas l'avis d'un professionnel de santé. En cas de doute sur votre peau, consultez un dermatologue.
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